CafardNahHomme

Mois : février, 2014

Il faut tenter de vivre

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Je suis allée voir Le vent se lève de Miyazaki. Étrangement, il m’a rappelé ses débuts, l’atmosphère de Nausicaa et de ses premiers films. Certes la plupart de temps Miyazaki n’offre pas à ses personnages un bonheur entier, toujours emprunt d’une nostalgie, d’une blessure que seul le temps saura guérir mais c’est plus frappant de ce dernier film. Le rêve est atteint mais amère, le personnage principal même (un jeune ingénieur en aéronautique plus qu’ambitieux) est incomplet, rêve et amour finissant par l’abandonner, son mentor lui expliquant que les avions sont magnifiques mais maudits et ne sont pas fais pour revenir.

Encore une fois, Miyazaki nous propose des personnages forts et purs. Dans un Japon tentant de rattraper ses retards technologiques en pleine seconde guerre mondiale, le cinéaste nous offre une femme qui décide de partir vivre ses derniers instants, gardant pour elle douleurs et regrets, laissant à ce qu’elle chérie des souvenirs heureux ; un héros qui vit pour son rêve, jusqu’à s’y retrouver enchaîné, sans que l’amour qu’il éprouve pour sa femme ne puisse l’en détacher.

La seule chose qui m’a un peu déplu (un rien je vous assure), se sont les ellipses temporelles, très nettes et compréhensives pour les premières mais plus le film avance plus elles deviennent comme floues et plus difficiles à discerner. Mais cela n’enlève en rien la poésie et le charme de ce film.

Miyazaki signe un dernier film digne de sa vie de cinéaste, et lorsque le « mentor » du héros (ingénieur italien) explique qu’indubitablement la création, que se soit pour un ingénieur ou un artiste, ne dure que dix ans, n’est-ce pas le réalisateur lui-même qui fait le vœux de laisser place à une nouvelle génération de rêveurs ?

J’attends vos impressions,

Camille.

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Première fois.

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  C’était avec une immense impatience que je me rendais un jeudi soir de janvier à la salle Pleyel pour écouter danser les doigts du pianiste de renom, Boris Berezovsky, sous la direction de Paavo Jarvi accompagné de son Orchestre de Paris. Quelle ne fut pas ma déception en apprenant qu’il était absent, suite à des soucis de santé, et remplacé, pour jouer le même programme, à savoir le Concerto pour piano n°1 et la Totentanz (Danse Macabre) de Liszt, par une pianiste au nom totalement étranger « Valentina Lisitsa ».

Digérant avec lenteur mon amertume, je décide de lire le papier, glissé à la dernière minute dans les programmes, de découvrir de cette pianiste ukrainienne qui se présente pour la première fois sur la scène de la salle Pleyel. J’apprends qu’elle n’est pas si inconnue que ça et qu’elle jouit en réalité d’une importante notoriété hors de l’hexagone, notamment chez les anglo-saxons, sur l’ensemble du continent américain, et en Asie ; qu’elle a (cela va de soi) remporté de nombreux prix prestigieux ; enregistré des œuvres du grand répertoire (l’Appassionata de Beethoven, les Kinderszenen de Schumann, du Schubert et du Liszt). Elle a même enregistré les Sonates pour piano et violon de Charles Ives avec la brillante violoniste (donc je vous reparlerai, je ne peux pas lui faire d’impasse) Hilary Hahn.

Attente retrouvée, piquée d’une terrible curiosité, et c’est ainsi qu’après un brave discours du directeur de salle (s’excusant et remerciant la belle invitée de pouvoir assurer le concert tout en conservant le programme d’origine), la lumière se fond en obscurité, la scène double en brillance, sous des applaudissements orchestre, puis chef font leur apparition, et après quelque toussotements, le silence s’installe et la magie opère.

La belle saura se faire attendre, avec une création mondiale d’Eric Tanguy, sur commande de Paavo Jarvi et en hommage à Henri Dutilleux, Affectuoso, «In memoriam Henri Dutilleux».

Et c’est après cette réussite contemporaine, qu’une créature blonde, souriante, surmontée d’escarpins et vêtue de rouge fait son apparition. Elle se dirige avec calme jusqu’à l’objet de ses désirs, s’assoit sur son fauteuil de velours noir face au Steinway, fait signe au chef et la musique s’installe.

Si douce, sa musique coulait, tout en finesse. J’avais peine à percevoir les marteaux de cet instrument pourtant à percussion. Elle savait se montrer pesante et oppressante quand la phrase le suggérait, ses doigts se faisant alors beaucoup plus lourds sur le clavier. Un équilibre parfait entre une grande sensibilité et une brillante virtuosité.

Le concerto et la danse s’enchainent, entrecoupés par des applaudissements retentissants, elle nous fera l’honneur de cinq bis, qui seront eux aussi plus que chaleureusement récompensés car merveilleusement exécutés, avec une interprétation très personnelle  de l’Ave maria de Schubert, la Campanella (la plus fluide et rapide qu’il m’eut été donné d’écouter) de Liszt.

Et malgré l’entracte, il faudra aux musiciens (et à l’auditoire) les deux premiers mouvements de la Quatrième Symphonie en fa mineur de Tchaïkovski  pour oublier cette déroutante performance. Mais les pizzicati taquins du scherzo auront raison de cette légère dissipation, laissant se clore le concert sur un quatrième mouvement allègrement éclatant, pour le plus grand plaisir de la salle.

Je vous laisse avec quelques liens, en espérant qu’elle saura aussi charmer vos oreilles.

La Totentanz

Le premier mouvement du Concerto pour piano n°1 (célèbre)

Et parce que c’est une belle symphonie, (et surtout pour son troisième mouvement)

J’attends avec impatience vos impressions.

Camille.